vendredi 21 juin 2019

Engie feels good…


Il y a des journées qui sont de belles journées. Et je ne dis pas cela car le soleil nous a donné rendez-vous en ce premier jour de l’été. C’était aussi tout le concept de The Good Day d’Engie.

Un moment inspirant ce jeudi 20 juin en plein coeur du domaine de St Cloud. Qui n’est pas pour autant devenu un temple à la gloire de l’énergéticien. Pas question de présenter seulement les innovations d’Engie et de vanter ses mérites.

Comme l’a dit Isabelle Kocher directrice générale en introduction de l’événement : " Il y aussi des entreprises qui sont partenaires d’Engie ou pas. Des ONG avec lesquelles nous travaillons ou pas encore. Des scientifiques. Des représentants des jeunes générations, vous les verrez, ils sont assez vocaux. Des start-ups. Bref, énormément d’acteurs. Avec une grande diversité de nationalités, une grande diversité de backgrounds, une grande diversité d’âge."

Un espace entier Good Galaxy était donc dédié à des modèles inspirants comme la Fresque du Climat inventée par Cédric Ringenbach, atelier ludique, participatif et créatif sur le changement climatique. Vous pouvez bénéficier d’une initiation en 3 heures au fonctionnement du climat et aux conséquences de son dérèglement. Vive l’intelligence collective !


Vous pouviez dans le même temps « Meet my Mama » qui redonne le pouvoir aux femmes . Ce service traiteur né il y a deux ans valorise le talent des femmes réfugiées et issues de l’immigration. Vous pouviez aussi vous faire faire un petit bouquet à mettre à la boutonnière avec les Fleurs d’Ici. Ce site offre la possibilité, par abonnement, de recevoir chez soi des fleurs de jardin. On n'y trouve que des fleurs de saison, provenant de producteurs locaux. Ils sont une quinzaine à participer à l’aventure. Leur seul point commun : « tous ces acteurs sont des pionniers de la transition zéro-carbone. Tous sont en train de la faire » pour reprendre là encore les mots d’Isabelle Kocher. De quoi oublier nos fâcheuses tendances à la collapsologie.



Il y avait donc beaucoup à voir et à entendre dans ce foisonnement. J'ai décidé de zoomer sur une initiation développée au sein d'Engie (eh oui).
D'abord parce qu’elle est emblématique d’une volonté forte du groupe de valoriser l’intrapreunariat . Marianne Gallardo, project leader chez Engie biotechnologie and Green Chemistry en est un bon exemple. Elle collabore depuis 11 ans avec Engie et depuis quelques années œuvre au développement de BIOScyance. Son équipe et elle valorisent les biomolécules marines. Des biopolymères autrement dit des chaînes de sucres naturellement produits par des bactéries marines sont d’une efficacité redoutable pour traiter les eaux industrielles et urbaines. Là où elles passent, rien ne repousse. Enfin presque mais j’ai accentué le trait volontairement. Avec elles, finis l’eau de javel et autres produits chimiques.  Ces biomolécules ne nous sont pas inconnues, nous connaissions même leurs vertus depuis longtemps mais personne n’avait trouvé comment développer le processus de façon industrielle. C’est chose faite. 

2 brevets ont été déposés. Des tests ont été réalisés sur des sites pilotes. BIOScyance est désormais entré en couveuse pour être développé et proposé aux industriels. Les biopolymères sont produits naturellement par des bactéries marines. En prime Engie travaille avec une PME…bretonne (mon côté chauvin ressort) Polymaris Biotechnologie, expert en sélection et production industrielle de ces molécules..

Ce sera la première offre réellement « bio » sur le marché du traitement des eaux industrielles et urbaines. Engie garantit une performance et même un prix identique à ce que l’on connait actuellement sur le marché.

De quoi rêver à un autre monde.

Comme le dit Isabelle Kocher, « Il faut changer de jeu ! C’est vrai pour les entreprises aussi et tout particulièrement pour les entreprises de l’énergie. Engie, en tant qu’un des plus grands acteurs de l’énergie du monde, était aussi par construction un des plus gros émetteurs de CO2 du monde. Nous avions construit des centrales de production d’électricité dans 70 pays. Nous avons compris il y a quelques années que ce n’était pas le modèle d’avenir et d’ailleurs nos étions en décroissance.

Je m’en souviendrai toute ma vie, c’était au moment où je m’apprêtais à devenir directrice générale de ce groupe : - 14% de de croissance pour le groupe en 2015.  


Même quand vous êtes un grand groupe international : comment se projeter quand vous êtes en décroissance ? Nous avons alors décidé d’inverser le modèle. Notre premier métier, c’était de produire de l’énergie et d’être rémunéré pour ça. Nous sommes passés à un système où nous aidons les clients à consommer moins et nous sommes rémunérés pour ça.

Nous avons réaligné l’intérêt de l’entreprise avec l’intérêt général. »

Et c’est bien là tout l’enjeu de nos entreprises et de nous citoyens. Avoir une raison d’être




Il suffit, pourrais-je dire, de savoir répondre à 3 questions :

-Pourquoi travaille-t-on ?

-Comment le fait-on ?

-Que faisons-nous ?

Pas toujours si simple quand cela n’a pas toujours été dans l’ADN d’une entreprise. En même temps nous avons besoin de personnes engagées pour changer le monde. Et le chemin semble encore long à parcourir. Faut-il poursuivre sur la même voie ou tout casser? Il y a des jours où je ne sais plus. Ce Good Day me rendrait presque philosophe.

Avec l’envie de citer Etty Hillesum, grande figure de la spiritualité contemporaine, morte à Auschwitz en 1943. Elle écrivait : « Je ne crois pas que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur que nous n’ayons d’abord corrigé en nous. » Méditons, mes chers amis…




mercredi 15 mai 2019

Loop, la plateforme d’e-commerce qui fait oublier les emballages



C’est bien connu: le monde se divise en grands méchants et grands gentils. Pour certains, Carrefour fait figure de grand méchant. Je vais donc endosser mes lunettes (roses) pour vous rappeler que rien n’est totalement blanc ou noir sur cette terre (il faut se faire une raison). Que celui qui n’est jamais allé faire la queue au supermarché me jette la première pierre. J’aime bien quand les « vilains » deviennent très sympas. La révolution en douceur et en interne ne serait-ce pas mieux que de péter le Fouquet's? Oups,je l’ai écrit!  

Dans chaque strate des entreprises, il y a des convaincus qui font bouger les lignes.  Bertrand Swiderski directeur RSE de Carrefour fait partie de ceux-là. Pas étonnant qu’il ait dit banco à Loop, nouvelle plateforme d’e-commerce qui propose la livraison de produits de grandes marques en version consignée. Carrefour n’est pas seul dans l’histoire. Il y a aussi Nestlé, Mars Petcare, Mondelez, Danone, Procter&Gamble, Coca-Cola, PepsiCo, Lesieur. Au total 25 multinationales convaincues par un utopiste pragmatique. 


Car derrière Loop, un homme qui sait qu’il peut changer le monde grâce aux plus grands : Tom Szaky co-fondateur de TerraCycle, entreprise spécialisée dans le recyclage de déchets dits « non recyclables ». Ce qui veut tout dire.. Tom Szaky est l’homme qui veut faire disparaitre les déchets. Marqué par un traumatisme d’enfance « Quand j’étais petit mes parents me menaçaient de finir éboueur si je ne travaillais pas bien, c’est dire si le secteur est stigmatisé. Maintenant ils ont changé d’avis », dit-il avec le sourire. Avec sa chevelure aux vents et ses bracelets brésiliens, il a réussi à convaincre de grands groupes de changer de modèle en tous cas de commencer à le faire. Autant le dire tout de suite : recycler c’est bien beau mais ce n’est pas suffisant. 75% de nos emballages plastiques ne sont pas recyclés donc il n’existe qu’une solution : ne pas en fabriquer ni en distribuer.


Concrètement Carrefour héberge Loop. Ce sont actuellement une centaine de produits qui sont proposés dans des emballages réutilisables après nettoyage. Ce qui oblige les industriels à réfléchir clairement à un autre business model et à une autre conception. Ainsi Procter&Gamble a mis au point une brosse à dents dont le manche est séparé de la brossette. Vous gardez le manche et vous changez régulièrement ce qui sert à vous frotter les dents. Bilan : 60% de plastique utilisé en moins. Evidemment tout se fait sur la base d’une consigne en complément du prix de vente. Elle peut aller de quelques centimes jusqu’à 3 euros. Les commandes sont livrées à domicile dans un sac souple compartimenté. Seule la région parisienne est pour le moment desservie. Vous pouvez opter pour un remboursement des consignes en replaçant les emballages vides dans le sac et demander un ramassage spécifique. Vous avez également l'option "rechargement automatique", en vous engageant à acheter de nouveau la même référence. Quitte à être durable jusqu’à bout des ongles, Loop a choisi Colisweb pour un transport optimisé.



82% des français veulent réduire leur empreinte environnementale affirme Procter and Gamble. Nous n’en doutons pas mais beaucoup ne sont certainement pas prêts à payer plus cher. Et c’est un peu là que le bât blesse car les prix sur la plateforme peuvent doubler voire tripler dans certains cas d’après une étude comparative réalisée par le magazine Linéaires. Il faudra donc franchir un grand pas.  Bertrand Swiderski le résume très bien « Il y a un torrent mais en plus vous remontez le torrent ». Malgré tout, Carrefour tente l’expérience et ne souhaite pas en rester là. Le groupe va lancer à l’automne Loop par Carrefour.

Le concept n’est peut-être pas parfait (qui l’est ?) mais a le mérite de poser ouvertement le sujet de la consigne. La consigne pour réemploi des emballages en verre est notamment en perte de vitesse depuis plusieurs années en France. Et pourtant selon une étude de Zéro Waste France, "dans certaines conditions, une bouteille en verre consignée peut émettre jusqu'à 80% de moins de gaz à effet de serre qu'une bouteille à usage unique sur l'ensemble de son cycle de vie." Des expérimentations sont lancées donc tout n'est pas perdu. Rien de tel que les bonnes vieilles habitudes! La transition c'est aussi revenir à l'essentiel. La révolution...dans un gant de velours… 

mercredi 17 avril 2019

Entre le berceau et la tombe, l’humanité à un tournant


Je l’avoue, j’ai volontairement adopté un ton grave dans mon titre.

Je ne vous ferai pas une litanie sur les espèces en voie de disparition et les émissions de CO2 qui battent des records. Chaque jour j’ai l’envie de vous faire partager des récits de femmes et d’hommes qui croient à un autre monde . Ils sont méritants. Mais parfois on se sent face à un grand vide. Comment peut-on s’acharner à poursuivre sur une voie qui parait de plus en plus perdue d’avance ?

Alors je me ressaisis et je vous parler à nouveau d’espoir.

Connaissez-vous le "cradle to cradle" en français « du berceau au berceau ». Le rêve de tout homme...rajeunir au fil du temps et finir en couche-culottes…mais je m’égare. Nous ne parlerons pas d’immortalité , un peu d’humain mais surtout des ressources .

Elles sont bien précieuses pour notre survie, tellement précieuses qu’elles ne doivent pas finir en déchets .

La C2C Community, association à but non lucratif qui promet le Cradle to Cradle en France organisait une matinée la semaine dernière. Pour être très franche avec vous, le concept m’est désormais très familier pour avoir notamment mis en avant l'un des pionniers en la matière Tarkett et ses revêtements de sol. Mais à écouter cette matinée, force est de constater qu’il reste un long chemin vers l’économie circulaire. Née dans les années 90, ce concept du cradle to cradle est une philosophie mas aussi une norme internationale d’économie circulaire.


C2C Community met en avant le chiffre de 500 entreprises impliquées dans le monde avec près de 8000 produits certifiés. C’est une première étape. Il faut encore diffuser la bonne parole.

Et faire preuve d’humilité face à la nature. Celle-ci recycle tout. La moindre petite bestiole ne laisse pas de déchets. Prenons-en de la graine ! Le principe est donc simple : en fin de vie tout doit retourner à la nature ou servir de matière première secondaire à de nouveaux produits. L’énergie utilisée doit être renouvelable.

Le cradle to cradle s’appuie sur 4 piliers comme l’a rappelé Benoît Renauld président de la C2C Community: efficacité et compétitivité tout d’abord mais notre bonne vieille économie linéaire les connait bien et même de plus en plus. Il faut donc y ajouter la préservation de l’environnement et la santé. Finalement pour changer de modèle, il faut changer sa façon de penser. 

Anne de Béthencourt déléguée générale explique que "dans le développement durable nous avons la conscience de réduire nos impacts mais face au défi que nous rencontrons, il faut penser à avoir un impact nul voire positif." Des pionniers se sont donc lancés alors qu’une réglementation ne l’exigeait pas. 

Plusieurs entreprises sont d’ailleurs venues témoigner pour illustrer ce qui peut se faire dans le domaine du bâtiment. C’est ainsi que Mosa. fabricant de céramiques néerlandaise basé à Maastricht depuis 135 ans a construit toute sa stratégie sur une économie circulaire. Guillaume Grand responsable grands comptes a d’abord une parole de bon sens. « Pour ne pas changer souvent de carrelage, il faut un design intemporel.  C'est aussi simple. Tous les matériaux viennent d’un rayon de 300 kilomètres de l’entreprise.


Le site ne rejette aucune eau, tout est récupéré. » Tous les carreaux ne sont pas nécessairement vendus mais en cas de défaut tout est broyé et réinjecté dans la production. 25% des produits fabriqués avec des carreaux sont aussi récupérés sur les chantiers pour rentrer à nouveau dans le circuit.

Et qui dit entreprise engagée dit aussi salariés heureux. La question de la santé est majeure. Et comme nous sommes en Hollande, chez Mosa, ce n’est pas du fromage que l’on vous offre mais un vélo si vous souhaitez venir travailler en pédalant.

La santé des tous les salariés est également au cœur de la démarche de Werner&Mertz. Crée en 1971, ce groupe est pionnier en matière de produits d'hygiène et de nettoyage de haute performance et intégralement durables. Il s’adresse aux entreprises mais les particuliers la connaissent aussi. Je pense que vous avez déjà vu dans les magasins la grenouille de Rainett. Pour Joséphine Copigneaux responsable marketing, la clé pour des produits « cradle to cradle » est de se poser les bonnes questions avant de mettre un produit sur le marché : savoir en quoi il peut retourner à la nature si c’est un produit végétal ou comment il peut rentrer dans un cycle fermé pour l’emballage. Tout ce qui est mis en production est ainsi identifié. 


Pour éliminer les COV (composés organiques volatiles) il faut imposer des seuils qui seront testés par un laboratoire indépendant. La biodégradabilité du produit est aussi vérifiée au plus près. Le groupe a enlevé tout microplastique nuisible à la nature. Ils sont les seuls à le faire dans le monde. Et ça marche. Parce que des produits moins nocifs, c’est un utilisateur plus heureux et qui respire mieux. En C2C, un produit ne doit contenir aucune substance toxique. A l’heure où l’on parle de plus en plus des dangers du plastique Werner et Mertz a déjà recyclé 250 millions d’emballage plastique . Imaginez vous une bouteille de plastique géante de la taille de la tour Eiffel !  Alors évidemment pour aller plus loin, il faut que les pouvoirs publics bougent. L'éco-conception apparaît progressivement dans les appels d’offres. C’est un premier pas. La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte prévoit aussi que 70% des déchets du batiment soient valorisés « matière » dès 2020.



Mais pour en revenir à la Tour Eiffel (je vous épargnerai Notre-Dame), sachez que chaque jour, sur terre, quatre millions de tonnes d'ordures ménagères sont produites, l'équivalent de 400 Dames de fer ! Et nous pourrions avoir 70% de déchets en plus d’ici 30 ans. Et voilà je vous plombe le moral à nouveau. Il n’est pas si loin que cela le pas du berceau à la tombe…




mardi 2 avril 2019

myLabel : la nouvelle application qui t’aide à consommer durable…


…Et pas « de lapin ». Je sais, je commence très mal cet article. Un coup de fatigue ou d’enthousiasme. Difficile de le dire en ces temps où l’on entend tout et son contraire. La fin du monde approche sûrement mais pour ma part je continue à croire un peu en l’humanité. Surtout quand elle arrête d’acheter du Nutella.
En matière d’alimentation, les consommateurs sont de plus en plus exigeants. Enfin ceux qui le peuvent.
Il paraît que 80% des consommateurs recherchent des produits respectueux de l’environnement 
Mais ils sont la moitié à dire qu’ils ne savent pas les identifier . C’est ce qui ressort d’un sondage Eurobarometer de 2017. 

MyLabel l’a bien compris. Derrière ce nom très personnel (et vous allez comprendre pourquoi), voici une toute nouvelle application citoyenne qui s'adapte à vos critères de consommation...durable et responsable. Elle est lancée aujourd’hui. C’est tout chaud. Et son créateur Christophe Hurbin l’a présentée à quelques Happy Few ce matin dans Paris. Disons-le tout de suite, avec les 3 membres de son équipe dont Loïc Tanant (un ancien journaliste qui cherche à donner du sens à sa vie…tiens, ça me parle), il affine encore l’application mais la base est là.
Le principe est simple: vous cochez d’emblée vos critères de choix puis vous scannez un produit et vous voyez apparaître un petit visage stylisé vert, heureux ou…un rouge pas content.
Contrairement à d’autres, myLabel ne se limite pas à la teneur nutritionnelle des aliments.
Parmi les critères retenus :
-La présence de pesticides.
-La protection de la biodiversité. 
-La présence d’OGM.
-L’origine locale.
-La génération de pollution.
-La prise en compte du bien être animal.
-L’utilisation d Huile de palme (oh le vilain Ferrero).
-L’existence de perturbateurs endocriniens.
-Du social aussi avec la juste rémunération des agriculteurs.



Ça va ? Pas trop essoufflé ? car ce n’est pas fini.
Le label retient aussi le respect de l’égalité hommes femmes. Eh oui ! C’est tout de même l’un des 17 ODD, Objectifs Développement Durable définis par l’ONU.

Au final, plus de 500 000 produits sont ainsi référencés. De la lecture pour les longues soirées d’hiver et de quoi passer du temps avec son caddie.
Les 2 atouts de myLabel : sa gratuité et surtout le fait qu’elle soit personnalisable. C’est ce qui fait sa différence dans la jungle des applis du moment. Aucune des autres ne s’appuie sur un tiers de confiance. L’équipe de myLabel s’est entourée d’un réseau d’associations et d’ONG. Huit pour le moment mais le nombre pourrait doubler rapidement. Parmi elles, l’Institut national de laconsommation, FAIR[e] un monde équitable, Greenpeace ou encore Bio Consom'acteurs. Christophe Hurbin les considère comme des "sources" très précieuses.
Comme il est difficile de totalement sortir du système et que nous pouvons aussi le changer de l’intérieur, myLabel s’adapte à l’e-commerce avec un plugin qui permet de faire ses courses en ligne et de repérer les produits qui correspondent à vos critères. Ces derniers sont apposés en face des produits sur les sites web des distributeurs. L'application est déjà compatible avec Carrefour, Hourra, Monoprix et E.Leclerc. 

Je l’ai donc testée en scannant certaines produits. Soyons clairs, quand vous retenez tous les critères vous n’avez pas nécessairement toutes les informations nécessaires. Ce sont les étiquettes qui sont passées au crible. Et sans code-barres point de salut ! Les ONG font bien leur travail mais avoir toutes les données n’est pas une sinécure. Christophe Hurbin parle d’une « politique des petits pas ». L’essentiel est d’avancer et de faire changer les mentalités. Si par exemple, vous décidez de vous attarder sur le travail des enfants, vous aurez peut-être des déconvenues  qui vous conduiront à modifier vos achats. Car l’application ne vous laisse pas en plan avec votre produit renégat dans les mains, elle propose des alternatives.


MyLabel s’applique à elle-même ces principes. Elle a un statut d’ESS, Economie sociale et solidaire et son business model repose sur un cercle vertueux : agréger les informations des consommateurs pour les monétiser auprès des entreprises afin qu’elles repositionnent leurs offres. Le modèle est donc construit autour de ce retour d’informations et des statistiques de consommation, nécessaires aux industriels et producteurs. Mylabel espère atteindre le million d'utilisateurs. On ne peut que lui souhaiter. Depuis mon retour de la conférence de presse, je passe mon temps dans ma cuisine à tout scanner. Je ne suis pas au bout de mes surprises...Si d'ici 24 heures je ne suis pas plus responsable, je pourrai me considérer comme irrécupérable… 

vendredi 29 mars 2019

Fairly made : quand 2 jeunes femmes motivées rendent la mode plus responsable



Mea culpa les ami-e-s ! Un grand mea culpa ! J’aime ce blog et je vous aime mais j’ai de plus en plus rarement le temps d’y revenir. Les colloques et les débats se multiplient sur les sujets de la transition écologique. C’est un signe. De fin du monde, diront certains. D’une prise de conscience, c’est un fait.

J’ai eu envie de revenir à mon blog à la suite d’une belle rencontre. C’est bien là l’essentiel. Et parce qu’en ce moment le sujet de la mode responsable ne cesse de monter. J'ai eu le plaisir d'animer un débat sur le sujet la semaine dernière au salon TRAFFIC. Les grands noms sont persuadés que chacun d’entre nous va commencer à se pencher sérieusement sur la question. H&M va d’ailleurs bientôt faire apparaître sur les vêtements une étiquette qui permettra en un seul clic d’en savoir plus sur le fournisseur et l’usine de fabrication. Ne riez pas sous cape, tout le monde doit avoir sa chance de changer le monde. Cela ne vous rendra peut-être pas plus vertueux mais au moins vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas. Camille et Laure (ma belle rencontre) l’ont très bien compris.


Camille Le Gal et Laure Bestch (pour être précise) ont fondé il y a quelques mois Fairly Made® . Une entreprise de sourcing et confection éco-responsables. Leur valeur ajoutée : mettre au point une « bibliothèque matières » contenant des tissus du monde entier répertoriés durant leurs voyages et surtout valoriser une connaissance terrain du savoir-faire social et éthique. Leurs bureaux sont tout proches de la Manufacture des Gobelins. Nous avons d’ailleurs déjeuné ensemble à la Manufacture (je vous dis tout). Bref, les fameux signes… toujours les signes. C’est aussi une histoire d’amitié, au lycée Fénélon. Pour l’anecdote, un fil de nylon les a reliées lors d’un TP en seconde (je résume l’anecdote mais elle est encore symbolique). 
Laure et Camille ont ensuite fait leurs gammes dans la mode, l’une chez &Other Stories, marque du groupe H&M et l’autre chez les Gens Asia. Ces expériences leur ont donné l’envie de bousculer les règles de cette industrie. Le Diable s’habille en Prada mais on peut trouver aussi des perles dans cet univers. Elles ont pu constater au fil de leur jeune carrière une envie de produire différemment. Il n’a donc pas fallu longtemps pour qu’elles se lancent dans le grand bain.


C’est ainsi qu’est né en juin 2018 Fairly Made avec l’envie de faciliter le travail des marques qui souhaitent devenir plus responsables.

Et un objectif à atteindre un jour : que tout dans la mode soit recyclable et traçable. Beau défi! Elles partent de loin parce que le secteur n’a pas toujours fait preuve de la plus grande transparence. Même si les choses bougent, il y a encore fort à faire. Qu’à cela ne tienne, elles prennent régulièrement leurs bâtons de pèlerin pour sillonner le monde. Ces 2 jeunes femmes de 27 ans sont charmantes de prime abord mais elles ont un œil de lynx.

Un quart du temps, elles réalisent des audits dans des usines en Asie. En Inde, pour le coton bio, recyclé et l’éco-viscose. En Chine, pour le cachemire recyclé, la laine recyclée et le bambou. Les critères de leur cahier des charges sont sans appel : sociaux, environnementaux mais aussi éthiques. Elles s’appuient pour cela sur les certifications mais pas seulement. Elles veulent voir au plus près le travail en usine souvent décrié. Personne ne passe entre les mailles du filet : acteurs de la filature, tisseurs, unités de teinture ou encore professionnels de la confection. Les usines françaises n’y coupent pas. Prochaine étape : Lille.




Elles reviennent ainsi avec un trésor, une bibliothèque matières à présenter aux acheteurs. Parmi leurs clients actuels, Camaieu qui se positionne sur le recyclage et cherche donc les matières adaptées à sa demande.


Camille et Laure ne manquent pas d’énergie car elles s’investissent aussi dans la recherche. C’est ainsi qu’elles ont décidé d’accompagner la R&D sur le recyclage hydrothermique qui révolutionne le monde du textile. Depuis des années, le polyester prend une place grandissante dans l’habillement et souvent dans des mélanges. Mais pour recycler, il faut retrouver la fibre d’origine. 
L’Institut de Recherche sur les Textiles et les Vêtements de Hong Kong HKRITA a trouvé une solution pour dissocier le polyester des autres fibres. Il cherche actuellement un partenaire industriel. Fairly Made n'est pas très loin.
Leur ambition est de devenir une référence européenne dans le secteur du sourcing responsable. Elles aident ainsi les marques à changer. Fairly Made n’est pas un certificateur, il intervient parfois en marque blanche. Certaines comme Des Petits Hauts ont décidé de mentionner ce travail collaboratif sur leurs étiquettes.



Laure clôt notre entretien rapidement car elle file chez Asphalte une chemise sous le bras. La marque est partie d’une idée simple : répondre à la demande des clients. Elle fonctionne donc par système de pré-commande sur base d’un questionnaire direct au client. Elle peut proposer ainsi de bons basiques de qualité à un tarif plus que correct. Donc rien de mieux que d’afficher la couleur sur son étiquette. Avec des produits désirables qui sont la clé de la réussite. « Nous voulons une mode 100% belle », revendiquent les 2 jeunes femmes. L’éthique rend beau. Je parie que Laure et Camille iront loin…

Crédits photo: https://www.instagram.com/fairly_made/




vendredi 8 février 2019

Sur les pavés, la plage...


J’ai eu l’opportunité comme tous les ans de participer au Press Day de Veolia.
C’est toujours un grand plaisir car l’organisation est au cordeau : vidéo, duplex et mapping zénithal (on ne sourit pas dans le fond de la salle).

Je passerai sur les résultats de l’entreprise qui ont été bons en 2018 et le seront encore en 2019, nous assure son PDG Antoine Frérot. Comme je suis patronne de mon blog, j’ai décidé de passer outre l’angle économique du sujet, vous le découvrirez bien ailleurs.

Le thème de la matinée était : « Climat, et maintenant ? » Veolia déploie des solutions pour atténuer les émissions de gaz à effet de serre : efficacité énergétique, recyclage, chaudière biomasse…Un grand groupe a l’avantage de ses grands moyens.




De belles initiatives ont été mises en lumière à travers des duplex comme de la récupération de chaleur fatale en Pologne à Postdam, un réseau de chaleur au Mans alimenté par la valorisation des déchets de la ville. Et même l’utilisation des grignons d’olive, ces sous-produits du processus d'extraction de l'huile d'olive composés des peaux, des résidus de la pulpe et des fragments de noyaux dans les chaudières de l'usine Renault de Tanger.

Peut-être est-ce parce que j’ai travaillé assez récemment sur la chaleur renouvelable mais j'ai trouvé cela efficace sans avoir les yeux qui brillent, ces sujets avaient pour moi un air de déjà-vu. Ces projets sont nécessaires, pèsent parfois lourds financièrement (un investissement de 14 millions d’euros au Mans) et réduisent les émissions de CO2 et de GES.  Je n’ai rien à redire mais j’ai eu envie de m’attarder sur un sujet un peu plus neuf à mes yeux : la chaleur dans les villes. Peut-être parce que les beaux jours me manquent. Mais attention dans quelques années ce sera peut-être moins bien.

Veolia n’a pas hésité à mettre en image ce que pourrait être notre monde à plus de 3 degrés en 2100 (et cela pourrait être pire). Nous ne serons plus là pour le voir (enfin moi c’est certain) mais sachez que l’été à Paris, il fera régulièrement 50 degrés. 

En attendant la canicule, il fait déjà bien chaud à certaines périodes de l'année et heureusement des hommes (et des femmes) innovent pour notre confort. Vous le savez tous, on observe dans les villes ce que l’on appelle des îlots de chaleurs urbains quand la température monte.

Les températures peuvent être supérieures de 5 à 10°C par rapport à celles de la campagne. Pour aider les collectivités à s’adapter à ces situations, Veolia a développé des solutions. L’une d’elles consiste à rafraîchir les chaussées grâce à un dispositif d’humidification automatique. Une autre prévoit la mise en place de pavés évaporatifs, alimentés par les eaux pluviales. La technique vient du Japon.

https://www.lemoniteur.fr/article/l-eau-nouvelle-alliee-du-rafraichissement-urbain.1974004Un démonstrateur a été mis en place au cœur de la ZAC Toulouse Montaudran AerospaceIl est composé de 130 M2 de pavés poreux à rétention d'eau (c'est tout moi:)) principalement alimentés par les eaux pluviales collectées à proximité et épurées. Le système peut diminuer de 2 à 3° C la température ressentie. Il vient d'être mis en place sur le pôle multimodal de Nice. Les passagers peuvent attendre au frais. La ville de Milan s'intéresse aussi de très près à cette innovation. Bref sous les pavés, la plage…

On peut dire que ce système répond parfaitement à nos besoins d’adaptation. Mais jusqu’à quand ? Veolia a choisi l’optimisme pour cette matinée face aux journalistes. Le groupe estime pouvoir apporter sa pierre à l’édifice. Selon lui, en innovant, les métiers de l’eau, de l’énergie et des déchets permettraient de réduire de 30% les émissions de gaz à effet de serre. 
Promis, je ne vous parlerai pas des collapsologues…

lundi 14 janvier 2019

Deviendrais-je collapso ?




Cela va faire plus de 12 ans que je suis tombée par hasard non pas dans la potion magique mais dans le développement durable. Autant le dire tout de suite, ce mot est totalement obsolète. Comme quoi tout file plus vite que l’on ne pense. Il ne s’agit plus de développement mais bien d’adaptation…plus ou moins durable. Et à chaque jour qui passe, je frôle davantage la schizophrénie ou la bipolarité. Mais ça va aller, je vous le promets.
J’ai voulu commencer 2019 en beauté en me plongeant dans le livre de Pablo Servigne et Raphaël Stevens "Comment tout peut s’effondrer" au Seuil. Je sais, j'ai mis un peu de temps car psychologiquement il fallait franchir un cap, il faut dire que c’est parfait pour se donner la pêche (humour potache de début d’année) mais ce livre est incontournable quand on parle du sujet. Parce que la « collapsologie »  a le vent en poupe. Attention, un collapsologue n’est pas un type dépressif qui attend dans sa grotte que la fin du monde arrive. Les 2 auteurs sont formels : le collapsologue est très lucide. Il affronte la réalité bien en face et refuse le déni. Il reste optimiste, figurez-vous et croit que des solutions sont possibles. Sa devise : « l’effondrement est l’horizon de notre génération, c’est le début de son avenir. Qu’y aura-t-il après ? ». 

Le thème de l’effondrement ne date pas d’hier. Grosso modo, il est venu en même temps que moi. Ne pensez pas pour autant que je m'effondre... 50 ans après, nous y sommes. Les courbes de Meadows en 1972 qui simulaient les interactions entre production de nourriture, population, croissance industrielle et écosystèmes terrestres étaient sans appel : l’effondrement généralisé de notre civilisation aura très probablement lieu au cours de la première moitié du XXIe siècle. Bonne année à toutes et tous! :)

Il est certain que les indicateurs ne sont pas au vert : réchauffement climatique, diminution drastique des espaces de vie, effondrement de la biodiversité, pollution profonde des sols, de l’eau et de l’air, déforestation rapide…j’en passe et des meilleures. Je n’ai pu m’empêcher de trouver dans ce livre un écho à la crise des gilets jaunes que nous connaissons : « dans une société « équitable »  c’est-à-dire avec une partie de la population qui ne travaille pas et une majorité qui travaille mais où les richesses sont bien réparties ,un scénario d’équilibre peut être atteint uniquement si le niveau de consommation est faible et la croissance très lente… Ce n’est pas l’épuisement des ressources mais l’épuisement du peuple qui cause l’effondrement d’une société inégalitaire relativement sobre en consommation de ressources »..




Quelques lignes plus bas, vous pouvez lire : « l’augmentation des disparités économiques provoque une accélération globale de la consommation par un phénomène sociologique appelé consommation ostentatoire et décrit pour la première fois par le sociologue Thorstein Veblen : chaque classe sociale a tendance à tout faire (et en particulier consommer) pour ressembler à la classe sociale qui se trouve juste au-dessus. Les pauvres s’efforcent de ressembler aux classes moyennes, ces dernières veulent revêtir les attributs des riches qui eux font tout pour montrer qu’ils font partie des « hyperriches ». Ces inégalités économiques « érodent la confiance des populations en renforçant un sentiment de frustration qui sape la confiance des populations envers le monde politique et les institutions »..Je dis ça, je ne dis rien.

Alors évidemment il y en aura toujours pour me dire que chaque humain se porte globalement mieux dans le monde qu'il y a 20 ou 30 ans et que ce sont des signes encourageants. C’est un fait. Mais dans ces conditions, nous allons être de plus en plus nombreux tandis que nos ressources ne sont pas extensibles. De là à penser qu’une bonne épidémie serait la bienvenue…Sans être une collapsologue convaincue, je ne peux que constater que nous allons toujours dans le même sens, persuadé que le système bâti est le meilleur. Il est totalement dépendant de l’énergie. Sans énergie, il n’y a pas de mouvement. Et dans le même temps les énergies renouvelables n’ont pas assez de puissance pour compenser le déclin du pétrole.


Bref j’ai beau mettre des lunettes roses, je me dis que ces deux là (les auteurs du livre) n’ont pas totalement tort. Alors ce sera quand et comment, cette fin de l'histoire? Ils n’ont pas la réponse. Connaitra-t-on un monde à plus de 5° d’ici la fin du siècle ? Et alors ? N’allons pas jusqu’au suicide collectif. Pablo Servigne et Raphael Stevens gardent un peu de joie de vivre : « « nous réinventerons des moyens de faire la fête, des moyens d’être présent au monde et à soi, aux autres et aux êtres qui nous entourent ». En peau de bête ?? 

Pour ne pas sombrer, je me suis emparée dans la foulée du livre d’Anne Génin et Clémence Blanc. Elles ont écrit à 4 mains « Respect ! Des patrons inspirants pour un monde meilleur » chez Flammarion. Et ce sous-ttitre « Se réjouir, s’inspirer et agir » Il n’y a que des femmes pour être aussi optimistes (je vous promets 😊). 


Après plus de 20 ans au service des grandes marques, elles ont fondé Beebuzz pour apporter aux dirigeants d’entreprises des conseils pour développer durablement leurs stratégies. Elles livrent dans cet ouvrage qui se veut aussi un guide pratique des témoignages qui redonnent confiance. Thierry de la Tour d’Artaise pour Seb, Mathilde Thomas de Caudalie, Charles Kloboukoff fondateurs de Lea Nature ou encore Olivier Clanchin de Triballat Noyal, voici quelques-uns de ces patrons que j’ai croisés sur mon chemin.


J’ai envie de m’attarder sur l’entretien de Nicolas Chabanne et Laurent Pasquier les fondateurs de « C’est qui lepatron » ? Il fallait y penser mais le concept répond tout à fait aux attentes des consommateurs : « leur demander leur avis pour savoir quelle quantité de lait ils souhaitent et à quel prix ils sont prêts à l’acheter". Nicolas Chabanne a le sens de la formule : « c’est la légende du colibri : faire sa part, et c’est un moyen bien plus fort que de voter tous les cinq ans pour envoyer des messages, car faire ses courses est un acte quotidien ». On en revient à la fameuse défiance dont je parlais plus avant.

En conclusion, les deux auteures nous disent que « La France dispose d’entreprises de toutes tailles et de tous secteurs qui arrivent à mettre en harmonie leurs projets économiques et leurs projets sociétaux. Elles peuvent ainsi pérenniser leurs activités, créer de la valeur, faire la différence dans des univers de plus en plus compétitifs et finalement générer de la croissance durable. » 



Et donc là je remets mes lunettes roses. Et finalement je me dis qu’avec ce livre on rejoint les aspirations de Pablo Servigne et Raphael Stevens : « En fait, presque tout se jouera sur le terrain de l’imagination. [...] Nous avons grandement besoin de nouveaux récits transformatifs pour entrer dans une grande période d’incertitude, des histoires qui raconteraient la réussite d’une génération à s’affranchir des énergies fossiles grâce à l’entraide et à la coopération. Finalement aimons-nous les uns les autres pourrai-je dire ? Enfin j’hésite encore entre prendre un Prozac ou engloutir des fraises Tagada…C’est bien la difficulté d’être dans un monde en rupture…avant qu’il ne s’effondre…