jeudi 5 juillet 2018

La transition écologique, parfois, ça me mine


Mon titre est plus que douteux, vous allez vite comprendre pourquoi mais j’ai des circonstances atténuantes : plus je me plonge dans les sujets liés à la transition écologique, plus je doute.
J’ai bien conscience que ce n’est pas très engageant pour lire mon nouvel article. Qui s’annonce comme le dernier avant la longue pause estivale. Je me sens un peu comme cet ours polaire…en apnée :)

Comme que je n’ai peur de rien, je vais aller jusqu’au bout de ma pensée. Je vais même me glisser dans la peau d’un chercheur en espérant me rendre compréhensible.

Rassurez-vous ! Je reste très saine d’esprit malgré quelques mois de rude labeur. C’est tout simplement une matinée que j’ai passé à Mines ParisTech qui m’inspire cette réflexion digne d’une tragédie de Shakespeare.

J’ai en effet découvert que cette école était très engagée en termes de transition énergétique. Elle développe toute une série de programmes et dans le même temps on sent qu'il reste tellement à faire. Je vous préviens tout de suite, le sujet est un peu pointu mais vous avez plus d’une ressource pour suivre, j’en suis convaincue.





Vincent Laflèche, directeur de Mines ParisTech précise donc que « 50% de la recherche est tournée vers la transition écologique et en particulier l’énergie. » En quelques chiffres cette école, ce sont 180 ingénieurs civils diplômés par an, plus de 30 millions d’euros de contrats de recherche et 18 centres de recherches en pointe dans leur domaine. Et 2 Prix Nobel (il faut tout de même le dire) : George Charpak et Maurice Allais. « Nous formons des chercheurs avec un esprit d’entrepreneurs ». L’école se concentre donc sur les défis de la transition écologique. Il serait bien trop long de passer en revue tout le travail accompli.

Nadia Maizi directrice du CMA, centre de Mathématiques Appliquées a retenu mon attention. Et pourtant je ne suis pas un (une?) cador en maths.
Elle travaille notamment sur la prospective des enjeux climatiques avec le déploiement dans le cadre d’une chaire de modèles d’optimisation dédiés à la planification long terme. Elle est donc en lien avec les experts du GIEC. En clair, il s’agit de voir ce que peuvent donner différents scénariis de mix énergétique. 

Elle mène également des travaux en collaboration avec des industriels, en particulier Schneider Electric sur le scénario 100% renouvelables à l’horizon 2050 ou contribue à la décision publique avec des travaux sur la valeur tutélaire du carbone ou la sortie du nucléaire. Vaste débat alors que l’on attend la Programmation Pluriannuelle de l’énergie, la fameuse PPE. Mais bon je sens que je vais vous perdre alors je repars dans du concret pour vous parler de matériaux. « Ils jouent un rôle très important » nous rappelle Vincent Laflèche.





Là encore, des cerveaux se penchent sur l’optimisation de ces matériaux.
Nathalie Bozzolo professeur au CEMEF, le Centre de mise en forme des matériaux à Sophia Antipolis explique que la métallurgie accompagne toutes les grandes mutations technologiques.

C’est ainsi que la chaire industrielle ANR-Safran Opale vise à l’optimisation des propriétés des matériaux que l’on appelle superalliages. Ils sont employés pour la fabrication de pièces de moteurs d’avion.
Dans les faits, ces moteurs ont de meilleures performances lorsque le générateur de gaz fonctionne à une température très élevée.

Le secteur cherche donc à développer des alliages nouveaux ou des techniques de mise en œuvre qui permettent d’optimiser les performances mécaniques dans ce que l’on appelle les ambiances agressives. L’augmentation de la température de fonctionnement des moteurs permet un meilleur rendement énergétique. Nous sommes dans le cœur de notre sujet.

Tout se joue au niveau de la microstructure des matériaux, à savoir ce qui se passe à l’échelle microscopique. Pouvoir voir au plus près comment tous ces petits cristaux peuvent réagir quand on les transforme. C’est tout le travail des chercheurs.  Ces techniques peuvent servir aussi à la fabrication de caloducs pour les centrales solaires thermiques. Il s’agit des éléments conducteurs de chaleur.
Mines ParisTech entre dans l’ère de la métallurgie numérique et développe des outils de simulation numérique pour aider les entreprises à mieux comprendre comment le matériau réagit aux opérations de mise en forme.

En écoutant Nathalie Bozzolo, je ne peux m’empêcher de penser au livre de Guillaume Pitron « La guerre des métaux rares, la face cachée de la transition énergétique et numérique » aux Editions les Liens qui libèrent.


Et son interview dans Techniques de l’Ingénieur : « Pour la même production d’énergie, les technologies utilisées aujourd’hui consomment davantage de ressources que les technologies précédentes. Plus nous irons vers les technologies vertes, plus nous aurons besoin de ressources. La transition énergétique veut prôner la sobriété, mais nécessite l’inverse pour être rendue possible. En clair :  elle nécessite davantage de ressources et c’est un paradoxe. Aujourd’hui, on ne recycle que 1 % des terres rares mais c’est bien 100 % de tous les métaux rares qu’il faut recycler. Toutefois, même si l’on recyclait l’ensemble des métaux utilisés aujourd’hui, il faudrait toujours aller en chercher plus, c’est inévitable."



Je ne dirai pas que Mines ParisTech n'a pas conscience de l’importance du sujet mais l’école en est au début de la réflexion. Comme beaucoup.
Nathalie Bozzolo parle de travaux sur la durabilité des matériaux. Ludovic Molliex de la direction Matériaux&Procédés chez Safran partenaire de l’école évoque la question dans un dossier fourni sur les innovations. « On fait appel à des matières nobles dans la production des superalliages avec des éléments d’addition qui sont parfois rares ou difficiles à traiter. Un travail de fond a commencé autour de la recyclabilité des matériaux et leur empreinte carbone…Dans le futur ce sera un enjeu fort de modéliser tout ce qui est lié à l’analyse du cycle de vie de nos matériels et le matériau est un contributeur dans le cycle de vie. ».





Nadia Maizi souligne d’ailleurs que les scénarios de prospective s’appuient sur des analyses de cycle de vie. Pour ceux que j’aurai perdu entre temps (et je peux comprendre) «  L'analyse du cycle de vie ou ACV est une méthode d'évaluation normalisée (ISO 14040 et ISO 14044) permettant de réaliser un bilan environnemental multicritère et multi-étape d'un système (produit, service, entreprise ou procédé sur l'ensemble de son cycle de vie." Je viens de vous donner la définition officielle. Je ne sais pas si cela vous aide. En clair, quand vous avez une voiture entre les mains, vous ne regardez pas seulement ce qu'elle va coûter en essence, son taux de pollution et son usure mais vous analysez tout le processus de fabrication et ce qu'elle va devenir une fois que vous ne serez plus au volant. Et ce n'est pas simple. Je vous défie d'ailleurs de comparer électrique et diesel. 


Sur le sujet de la recyclabilité, je ne jetterai donc pas la pierre à Mines ParisTech parce que je n’ai rien d’un chercheur. Je vois simplement que la réflexion progresse et que l’école cherche sa place dans un écosystème. Cette matinée a encore ouvert ma réflexion mais le chemin semble long.




Bref, plus je vous parle de ces sujets et plus je doute. J’y reviens. Je crains que nous ne nous perdions dans des concepts. Je réalise à quel point il est complexe d’expliquer les tenants et les aboutissements d’une stratégie environnementale. Nous agissons tout en vivant cette mutation. 
Rien ne dit que ce que nous faisons aujourd’hui sera totalement bénéfique. Rien n’est blanc ou noir en matière de développement durable. Et pourtant le dérèglement climatique se constate régulièrement. Cet été nous le rappelle. Autant de pluie en un quart d'heure qu'en 3 semaines sur la Dordogne. Certains diront que les catastrophes naturelles se sont toujours produites. C'est indéniable mais ces phénomènes sont de plus en plus fréquents.
Alors je vais faire une pause pour revenir avec des antennes encore plus aiguisées. En espérant vous faire comprendre à quel point s’impliquer est majeur. Même si c’est une goutte d’eau. Bel été à tous. 
Profitez avant qu’il ne fasse trop chaud 😉  


mardi 3 juillet 2018

Danone : mission 100% agriculture régénératrice




Pour vivre heureux, vivons cachés. Quand il s’agit de développement durable, Danone préfère agir plutôt que de s’afficher ostensiblement. 
Mais l’entreprise sait aussi à quel point il est important de montrer la voie. Le groupe n’hésite pas à reconnaître qu’il n’est pas parfait. Il vaut mieux être prudent mais qui est parfait? 
Il s’engage simplement à réfléchir un peu plus chaque jour à ce qu’il fait et surtout comment il doit faire. Work in progress.

Il faut dire qu'il a matière avec 4 domaines d’activités phares : les produits laitiers, un secteur en décroissance sur lequel il faut convaincre et innover en permanence.
Il y a les eaux minérales naturelles, Evian, Volvic, Badoit et La Salvetat qui se portent plutôt bien avec l’arrivée des eaux minérales aromatisées.
Ajoutons-y l’alimentation infantile avec Laboratoires Gallia et Blédina et une cible de jeunes parents de plus en plus tournés vers le bio. Enfin un secteur moins connu, la nutrition médicale qui s’adresse aux personnes âgées et aux enfants malades.





Danone doit donc se réinventer pour séduire les consommateurs mais aussi suivre son ADN et ses engagements environnementaux. Le 25 octobre 1972, Antoine Riboud, PDG de BSN avant sa fusion avec Gervais-Danone, prononçait à Marseille un discours sans précédent. Il proposait de « réduire les inégalités excessives en matière de conditions de vie et de travail » et « de trouver les valeurs qui amélioreront la qualité de la vie en disciplinant la croissance » Emmanuel Faber actuel PDG de Danone reprenait en avril le flambeau. Il présentait son projet « Une personne, une voix, une action » Son ambition : faire participer les 100 000 salariés du groupe agroalimentaire aux choix stratégiques à l’horizon 2030.

« Nous allons plus loin avec une vision de long terme à l’horizon 2030 autour d’objectifs stratégiques reliés à ceux du développement durable de l'Organisation des Nations Unies, auxquels nous voulons associer tous les salariés de Danone dans le monde. » 


En plein projet de loi PACTE « plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises » cet engagement est fort mais ce n’est pas le sujet dont je vais vous parler. 
Il me faudrait d’ailleurs plusieurs articles sur ce blog pour passer en revue tous les engagements de Danone.

En quelques lignes, le groupe mise sur la transparence en expliquant un peu mieux ce qu’il y a dans ses recettes, l’amélioration de l’emballage et notamment le recyclage du plastique. Il souhaite également davantage de bio.
6 marques emblématiques de l’entreprise, Blédina, Danone, Danonino, Evian, Volvic et Alpro lancent cette année des gammes bio. Je peux citer« Les Récoltes Bio de Blédina », une nouvelle gamme bio pour les bébés. Pour 2020, Danone s’engage à proposer du bio sur 100 % de ses produits enfants. Il souhaite prendre la place de leader de l’alimentation infantile bio.




Danone milite par ailleurs pour un nouveau modèle agricole durable : l’agriculture régénératrice. Je voudrais m’y attarder parce que je suis certaine que cet adjectif vous parle mais que vous avez bien du mal à saisir tous les tenants et les aboutissements. Je vous rassure, c’était aussi mon cas avant de creuser le sujet.

Préserver les sols, c’est tout l'enjeu de cette agriculture parce que malheureusement cela ne coule pas de source.
Les pesticides sont l’un des aspects du problème. Il y en a un autre qui peut davantage nous échapper : les agriculteurs labourent régulièrement et ne font pas du bien au sol. Retourner la terre l’appauvrit.
C'est ce qu'affirme Sarah Singla agricultrice en Aveyron et fondatrice de Hum’s. Une jeune femme pétillante qui a pris son bâton de pèlerin pour former ses confrères. Et en vidéo elle est très convaincante. 


Pour elle, les agriculteurs doivent développer le semis direct sous couvert végétal. Il s'agit d'une technique agricole qui consiste à implanter une culture directement dans un couvert végétal sans avoir préalablement travaillé le sol. Sarah Singla m'a d'ailleurs montré une photo de son champ au moment des semis. Un vrai bazar. Des végétaux partout. L'agriculteur doit donc oublier les outils métalliques pour privilégier une autre méthode.
Sarah Singla n’a pas la langue dans sa poche, pour elle, les récentes inondations sont certes liées à l’urbanisation mais le trop grand travail de la terre n’a rien arrangé. A force d’être retourné, le sol n’absorbe plus l’eau.
Dans une interview, Sarah Singla reprenait une phrase de l’américain David Montgomery, « l’érosion des sols c’est l’érosion des civilisations ».
« A chaque fois qu’une civilisation oublie son sol, elle finit par disparaître. Le sol est le fondement de tout – sans sol, il n’y a pas d’agriculture et sans agriculture, il n’y a pas de civilisation. » Quand on sait que cette technique ancestrale remonte aux Egyptiens, on comprend mieux les enjeux.

Cette agriculture de conservation ou régénératrice est donc majeure aux yeux de Danone qui ne doit pas oublier son business. Le groupe s’est fixé une grande ambition: en 2025, 100 % des produits cultivés en France devront être issus d’une agriculture régénératrice. C’est un lourd défi car beaucoup d’agriculteurs restent attachés à un modèle. Comme l’explique Sarah Singla, beaucoup s’accrochent à leur tracteur, quitte à s’endetter pour un nouveau modèle à 400 000 euros.
Danone y croit et rédige son cahier des charges en partenariat avec des ONG et experts référents en la matière. Ce sont 2300 agriculteurs qui travaillent pour la célèbre enseigne.
Pour Emmanuel Faber « la grande limite du système agro-industriel actuel, c’est d’avoir parié entièrement sur la plante en créant des semences de plus plus performantes et en leur ajoutant des intrants de synthèse de façon à booster leur performance. Dans ce système, le sol n’est qu’un support, aujourd’hui épuisé. ». 

Le géant de l’agroalimentaire va s’associer à la plateforme de financement participatif Miimosa pour cofinancer les transitions agro-écologiques des agriculteurs qui les fournissent.  Danone souhaite aussi mobiliser les consommateurs. C’est pourquoi le 21 septembre prochain, 100% des ventes seront totalement dédiées à financer cet accompagnement. Il appellera ce jour le Green Friday. Une journée de chiffre d’affaires, c’est 5 millions d’euros. Une première étape pour changer la donne. N’est-ce pas aussi cela être une entreprise à mission ?

Crédits Photo: Danone et Youtube


mardi 5 juin 2018

Le dérèglement climatique n’est pas un feu de paille



Vous le saviez, vous, que c’était la journée mondiale de l’Environnement ? J’avoue que je n’avais pas tiqué jusqu’à recevoir un mail. Un comble pour une journaliste qui se définit comme spécialiste « transition écologique ». C’est mauvais signe, non ? Cela m'a donné envie de retrouver mon blog.


J’ai la désagréable sensation que, plus la planète se dégrade, moins l’homme agit. Enfin pas l’homme (certains sont très conscients) mais nos politiques. Noyés dans le glyphosate et l’huile de palme, ils ne semblent plus y voir très clair. Même des événements forts me laissent pensives. Des vaches à BiodiversiTerre place de la République à Paris le week-end dernier? Ne dit-on pas que l’élevage bovin accentue l’effet de serre et la déforestation ? 
Pourtant il y a urgence. Des scientifiques tablent sur une hausse de la température moyenne de la surface de la Terre pouvant atteindre les 4,8°C au vu de la quantité possible d’émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2100. La sixième extinction animale de masse aurait débuté. La disparition d'espèces est cent fois plus rapide que par le passé. Je vous éviterai tous les chiffres...vous iriez consommer des anti-dépresseurs qui vont finir dans nos rivières...



Cette année, pour ce 5 juin, journée mondiale de l’environnement, l'ONU met l'accent sur la lutte contre la pollution plastique. Son slogan « Beat Plastic Pollution » (« en finir avec la pollution plastique »). Et un combat : lutter contre l’utilisation de plastique à usage unique .On a beaucoup parlé des sacs. Parlons maintenant des pailles. L’été approche, vous allez encore siroter votre cocktail en vous dorant la pilule. Une habitude sympathique mais nuisible à notre environnement. Les pailles en plastique jetables sont difficilement recyclables en raison de leur petite taille . Résultat : elles sont au mieux incinérées ce qui pollue l’air. Au pire elles finissent dans le caniveau. Et très probablement dans le ventre d’un poisson.
En France, chaque jour ,8,8 millions de pailles sont utilisées et jetées et ce uniquement dans la restauration rapide. Les pailles en plastique font partie des 10 déchets les plus ramassés sur les côtes françaises. 


Rappelons que chaque année ce sont 8 millions de tonnes de plastique qui sont déversées dans les océans . C’est l’équivalent d’une benne à ordures de plastique déchargées chaque minute.  Certains ont commencé à agir. Au Canada, la ville de Tofino a éradiqué les pailles en plastique depuis 2016. Aux Etats-Unis, Seattle est devenue la première ville à interdire les pailles en plastique dès l’été 2018. En Angleterre, McDonald’s va désormais passer aux pailles en papier grâce à une pétition. Les citoyens ont donc un rôle fort à jouer.  


Soyons indulgents :) Tout n’est pas si sombre dans notre beau pays, même si j’ai quelques doutes ces temps derniers. La France a déjà décidé d’interdire les gobelets, verres et assiettes jetables en plastique, ainsi que les cotons tiges en plastique, d’ici 2020. Pourquoi pas les pailles ? Arrêtons de regarder la poutre dans l’œil du voisin et passons à l’action ! La journée de l’environnement, cela devrait être tous les jours !

mercredi 11 avril 2018

Buvons du bon vin car nous allons trinquer !



C’est avec toujours un grand plaisir que je retrouve mon blog. Trop peu souvent mais c’est pour la bonne cause : je jongle entre les débats sur la pollution de l’air, les circuits courts de l’énergie, le numérique et l’humain et un futur colloque sur le climat en 2050. Je ne vais pas me plaindre. Si je reviens, c’est pour vous parler d’une expérience hors du commun que je viens de vivre. Goûter un vin venu directement de 2050 ! Je n’ai pas été propulsé dans une fusée dans l’espace perdant tout repère mais tout a commencé ce mardi soir au musée du vin dans le 16ème arrondissement de Paris. Le service de presse avait bien fait les choses. C’était le lancement de la Cuvée Bordeaux 2050. Une première mondiale. Nul n’avait osé jusqu’à présent. Je vous le répète, je suis une privilégiée. Derrière cet événement, l’association des journalistes de l’environnement, l'AJE. Son président Valéry Laramée de Tannenberg et Yves Leers ,spécialiste de l’environnement ont publié il y a presque 3 ans " Menace sur le vin, les défis du changement climatique " chez Buchet/ Chastel. Jamais personne avant eux n'avait abordé la question, personne ne l'a fait depuis. Et pourtant savoir que le "jaja" est menacé pour reprendre le terme employé par Valéry Laramée de Tannenberg, cela devrait en inquiéter plus d'un. 



Pour aller encore plus loin dans l’aventure, ils ont donc décidé de faire appel à l’œnologue Pascal Chatonnet, fondateur du laboratoire Excell. C’est ce chercheur qui a élaboré le vin du futur.

Plantons le décor d’abord. Nous sommes en 2050. Le dérèglement climatique est plus que jamais une réalité. Les conséquences sont fatales : les vignobles du centre de l’Espagne et de l’Aquitaine sont sur le point de disparaître si ce n’est déjà le cas. La carte présentée par Yves Leers parle d’elle-même : d’ici 70 ans les vignes pourraient se décaler de 1000 kilomètres au nord de leur limite traditionnelle. 1000 kilomètres au nord en diagonale, on se retrouve en Allemagne. En Angleterre, d’ores et déjà les viticulteurs font un très bon champagne.


L’impact du réchauffement sur le vignoble est multiple. Avec une augmentation de 2 à 4 degrés, l’arôme est appauvri et le goût trop mûr. Les périodes de sécheresse modifient le goût qui devient plus sec et amer. Sans oublier la grêle et les inondations qui gâchent le fruit. Ces 5 dernières années, Bordeaux a connu 3 périodes de sécheresse. Déduisez-en ce que vous voulez.

Cela n’augure rien de bon pour notre Bordeaux de 2050. Pour le réaliser, Pascal Chatonnet a assemblé les 2 cépages traditionnels de la région, le merlot et le cabernet sauvignon mais sous des latitudes plus au sud,  anguedoc-Roussillon et même Tunisie. Un climat plus chaud et plus sec. Vous me direz que le terroir n’est pas le même. C’est un fait mais globalement nous avons avec ce vin un avant-goût amer de l’avenir. Il est très différent du profil original. Un Bordeaux méconnaissable.


Je ne serai pas trop technique car je ne suis pas experte. Rien qu’à la couleur, il n’a plus rien d’un Bordeaux. Ce sont presque des couleurs de Gamay. Il faut dire que les pigments sont modifiés par la chaleur. De la même façon, le vin est fruité, des fruits rouges mais plutôt cuits. Rien de très frais. Quand vous le mettez en bouche, vous avez d’abord une sensation onctueuse, presque sucrée mais qui disparaît vite car les tannins prennent le dessus. Une astringence qui vient du merlot…stressé. Le pauvre! En résumé le vin est moins fin et moins élégant. Par ailleurs il ne vieillira pas bien. Pour le moment, certains viticulteurs de la région sont contents. Ils ont élaboré de bons vins après des étés chauds. La cuvée 2016 est remarquable. Mais attention, quand il fait trop chaud cela ne marche plus.


Comment faire alors ? Il est temps de réfléchir à d’autres méthodes. Certains réalisent des tests notamment avec des cépages portugais. Mais les cadres restent très rigides. Comme le rappelle Pascal Chatonnet, les trois maîtres-mots en matière de vinification sont « loyal,local et constant mais ne n’oublions pas, rien n'est constant. » Amateurs de bon vin, est-ce que je vous ai fait peur ? Le vin est notre patrimoine. S’il est atteint, il ne sera pas le seul. Comme le dit Yves Leers : « tant de choses sont à notre portée mais il en est une plus simple que les autres : se convaincre la réalité du changement climatique »

Je n’aurai donc qu’un mot : Santé !

mercredi 14 février 2018

Les robots sont nos amis :)


Difficile quand on parle du monde de demain de faire l’impasse sur l'intelligence artificielle.
Je n’ai pas envie de vous parler d’emplois détruits ou de prise de pouvoir par des intelligences supérieures même si Robopocalypse de Daniel H. Wilson m’a donné quelques sueurs froides (j’étale ma culture comme la confiture) .
Il y aura peut-être des robots pas sympas  voire très, très méchants mais certains sont nos copains. Ce sont les cobots, ceux qui nous facilitent la vie (et piquent l'emploi des caissières et des hôtesses d accueil ,diront les plus sceptiques). Une contraction de « collaboratif » et « robotique ».
Cap Digital leur a consacré une matinée ce mercredi. Un jour de St Valentin, cela ne s’invente pas. Le titre de l’événement : Futur.e.s #cobotique, ces robots qui nous veulent du bien.


J’ai été séduite par deux d’entre eux même s’ils ne m’ont offert aucune rose. Ils ont des jolis noms d’abord, ce qui ne gâche rien.
Keylo est développé par Wyca Robotics et intégré par Ublu. Un sympathique R2D2 en moins boudiné mais moins sexy aussi qu'une hôtesse ( oups! j ai fait une remarque machiste)
Le principe est simple : vous rentrez dans une clinique par exemple, Keylo repère votre présence et s’approche délicatement près de vous pour vous aider.
En façade, une série de boutons à sélectionner pour trouver une salle ou une information
Dressé sur roues, Keylo se déplace grâce à un laser complété par une caméra 3D et un odomètre. Il est même capable de scanner le relevé bancaire du client puis de lui délivrer le cadenas du box. Les premiers se sont vendus plus de 20 000 euros. Keylo est d'ores et déjà utilisé dans des centres de self-stockage, des établissements de santé et des laboratoires en Suisse, en Espagne, en Allemagne et aux Etats-Unis. Vous le verrez d'ailleurs avec l'exemple suivant, le marché international est bien plus friand de que le nôtre de ces robots (le Français serait-il craintif?) La start-up prévoit la vente de 100 robots en 2018 et un millier d'ici 2021.  Un peu classique, diront certains mais efficace.
J’ai davantage été séduite par Leka. Avec sa bouille toute ronde et ses yeux rieurs, il m’a fait fondre. Il s’adresse à des enfants mais pas n’importe lesquels. Les enfants « exceptionnels » comme dit son créateur Ladislas de Toldi. Ceux qui souffrent d’autisme, de trisomie ou de polyhandicap.  L’autisme touche tout de même un enfant sur 100 dans le monde, même un sur 68 aux Etats-Unis.
Leka les accompagne. Il vient en soutien des éducateurs et des parents. En suédois, Leka signifie « Jouer » et se « Soigner ». Ce robot sphérique de 18 centimètres de diamètre se déplace tout seul et propose "une stimulation multi-sensorielle " : couleurs, sons et vibrations. Comme l'explique Ladislas, ce robot facilite finalement le dialogue avec l'adulte, il peut même servir de sujet de conversation. L'accueil a également été plus favorable aux Etats-Unis, du moins plus simple. Des expérimentations sont en cours en France dans des établissements spécialisés. Une barrière est donc levée. Prochaine étape: l'industrialisation.


Leka SAS envisage aussi la mise en place d'un abonnement pour les parents qui prolongeraient ainsi à domicile les bienfaits apportés par Leja. Le potentiel est vaste car malheureusement avec le vieillissement de la population les troubles neurologiques se multiplient. Leka SAS souhaite étendre cette application aux adultes et notamment à ceux qui sont atteints de troubles cognitifs comme la maladie d'Alzheimer.
Ce sont deux exemples mais les applications sont multiples : être opéré à distance, porter un exosquelette, avoir un compagnon robotique à ses côtés au travail…14 février, je vous le dis, il va falloir apprendre à les aimer, ces robots. 








vendredi 9 février 2018

L’entreprise de demain : changer de métier pour anticiper l’avenir




Vous le savez tous : les preuves du dérèglement climatique ne cessent de s’accumuler.

Je ne parle pas de la neige en hiver même si elle provoque quelques réactions épidermiques mais des phénomènes récurrents : les inondations à un rythme de plus en plus régulier en Europe et les sécheresses de plus en plus marquées par des incendies en Amérique en témoignent.

Face à ces enjeux, il est plus que jamais temps d’inventer le monde de demain qui est déjà celui d’aujourd'hui car la mutation est enclenchée. Parlons au présent, ce sera beaucoup plus simple.

Veolia l’a bien compris. Comme le dit son PDG Antoine Frérot « c’est le rôle d’un groupe comme le nôtre d’ouvrir la porte et de prendre le risque de la nouveauté ».
Je ne m’étalerai pas sur les bons résultats de Veolia. Le groupe a dû mettre en place un plan d'économies drastiques pour se relancer, il a fallu passer par 500 suppressions de postes de travail et repositionner ses métiers.



Antoine Frérot affirme que tout va bien et parle d’un objectif de chiffre d’affaires en moyenne de 2 à 3% par an et de 4 à 5% pour le résultat opérationnel

Veolia a plus que jamais conscience que nous aurons un défi à relever en termes de ressources. Quand son cœur de métier est l’eau, l’énergie et les déchets nous pouvons comprendre les angoisses ou du moins les interrogations. En ligne de mire : 2040.


 
Pour apporter des réponses, rien de mieux que de savoir comment cibler son action. Pour ce faire, Veolia est allé interroger les habitants de la planète par le biais d’une étude. Elle a été menée par le cabinet Elabe auprès de 14 000 personnes dans 28 pays à la fin de l’année dernière. Nous sommes vite frappés par les convergences.
84 à 98% des personnes interrogées affirment que quel que soit notre pays, nos destins sont liés. Évidemment chacun a des choix très disparates.
La Corée du Sud recycle plus de la moitié de ses déchets quand la Colombie n’en recycle qu’1%.
La Suède a un mix énergétique avec près de la moitié de renouvelables et l’Arabie Saoudite recourt presque exclusivement aux énergies fossiles. Et pourtant la sensibilisation est bien présente.
Malgré les peurs, la majorité fait le choix de l’espoir. Tous font confiance à l’intelligence humaine (eh oui, il faut encore y croire)

85% ont foi dans les innovations technologiques et 84% dans l’évolution des comportements individuels. Les 2 autres principaux leviers sont les financements et la réglementation.
Une opinion publique mondiale est donc en train de se constituer sur les questions du changement climatique 

Face à ce constat, Veolia met en avant les solutions qu’il a déjà mis en place. Lutte contre la pollution, énergie décarbonée, décentralisée et digitalisée, l'entreprise répond présente mais je ne retiendrai qu’une thématique : l’alimentation.

« Cela peut vous sembler étrange » affirme Antoine Frérot. J’avoue, je me suis dit la même chose.
Et pourtant à y regarder de près, le principal enjeu de 2040 est bel et bien la raréfaction de l’eau qui affecte directement notre approvisionnement alimentaire.
2 milliards d’hommes seront dans une vingtaine d’année sous stress hydrique.
Sans oublier la hausse de 30% de la demande en énergie dans le monde.
Près d'un tiers de cette énergie est d’ailleurs consommée par la chaîne alimentaire.
Veolia produit ainsi des fertilisants et des engrais organiques.
A partir de déchets près d’Arras en France ou de boues d’épuration à Milwaukee aux Etats-Unis.


Veolia développe aussi partout dans le monde des solutions d’irrigation qui repose sur le recyclage des eaux usées en France. Il mène notamment un partenariat avec la FNSEA sur le « reuse intelligent »Cette méthode permet également de conserver les éléments nutritifs comme l’azote et le potassium. Il y a du chemin à parcourir car seulement 2% de l'eau est recyclé.

Veolia travaille aussi étroitement avec Danone dans la gestion de ses ressources ou encore avec Nestlé au Mexique.
Ce n’est pas tout : Veolia est acteur de la lutte contre le gaspillage alimentaire.
Il a monté un partenariat avec Eqosphere pour valoriser les invendus dans les grandes surfaces.

Quid de la nourriture pour animaux ? Veolia mène deux expérimentations de production de protéines animales à partir de larves d’insectes en France et en Malaisie.
Là encore, il est partenaire de 2 starts up Mutatec et Entofood qui élèvent des larves de mouches sur des biodéchets avant de les transformer en huile et en farine pour l’alimentation des poissons. Veolia s’implique même dans l’agriculture urbaine notamment à Lille et à Bruxelles.



Le groupe est sur tous les fronts car il est entré dans une logique globale à l’image des enjeux climatiques.

En leader, il veut être plus que jamais présent partout. Une entreprise à 360° symbolisée lors de la présentation à la presse ce 8 février par la diffusion d’une vidéo 3D. Nous avions chaussé des casques virtuels pour l’occasion. Pour des problématiques plus que réelles. Veolia a l’air de bien vivre cette mutation, elle est nécessaire pour répondre aux enjeux et poursuivre son activité. L’entreprise s’adapte, l’homme doit aussi le faire. De quoi engendrer la peur. Mais restons enthousiastes ! Car nous avons tout à prouver.


jeudi 18 janvier 2018

Artistes et scientifiques main dans la main face au changement climatique



Derrière ce titre énigmatique, un événement qui aura lieu dans 2 semaines, les 2 et 3 février à la Cité internationale des Arts à Paris.

A la manœuvre, la fondation Daniel et Nina Carasso et la Chaire Arts&Sciences fraîchement créée en 2017.

Il s’agit d’une expérience inédite à laquelle vont participer des centaines d’artistes, de chercheurs et de chercheuses et de groupes de travail d’horizons différents. 

Objectif : les rassembler autour de questions urgentes de notre monde contemporain. Le concept m’a donné envie d’en faire la publicité 😊 

Cette expérience parle à la Fondation Daniel et Nina Carasso dont la vocation est de financer et d’accompagner des projets dans 2 grands axes: l’alimentation pour entretenir la vie et l’art pour enrichir l’esprit.

Tout est parti d’un appel à projets autour de cette problématique: composer les savoirs pour mieux comprendre les enjeux contemporains.
La Fondation a au final soutenu 45 projets et pris conscience de l’émergence d'une communauté qui réunit artistes, scientifiques et monde associatif autour des thématiques de la santé, de l’éducation ou encore de l’environnement. En filigrane, la lutte contre le dérèglement climatique.




Parmi ces projets, le « Télescope intérieur ». En février dernier 
Thomas Pesquet a réalisé à bord de la Station spatiale internationale, à l'initiative de l'Observatoire de l'Espace du CNES, l’œuvre d'Eduardo Kac.
Un téléscope en papier flottant autour du spationaute. C’est la première création artistique dans l’espace.  Dans un tout autre domaine, Catherine Rannou travaille en Bretagne sur le recyclage des équipements de l’agriculture industrielle.

Cet événement est donc tout à fait emblématique de la mutation de notre société. Comme le dit Jean Marc Chomaz, artiste physicien, responsable de la chaire Arts et Sciences « il faut inventer collectivement un futur. Les sciences ne sont qu'une contribution. »

Les projets développés sont parlants. Comme cette machine qui crée un nuage et qui est capable de lire un texte lettre par lettre. Une classe de CM1 de Palaiseau va composer des poèmes autour des nuages et la machine les lira à son rythme « en slow mode ». Pour aller à contrepied de l’immédiateté de notre société

Pour Samuel Bianchini de l’EnsadLab au sein de l’école nationale supérieure des arts décoratifs et également responsable de la Chaire, « les disciplines se sont spécialisées, or ce contexte impose la pluridisciplinarité.

Les arts sont préoccupés par la relation au public ce qui n’est pas toujours le cas de la science qui s’adresse d’abord à ses pairs et pourtant la recherche n’est pas isolée de la société ».


Mélanie Bouteloup la commissaire de « Nous ne sommes pas le nombre que nous croyons être » a fait le choix de s'inspirer de l’œuvre d’Ursula leGuin, auteure de science-fiction qui n’a pas choisi les OVNI mais de prendre de la distance par rapport à notre monde.

« Les quatre vents du désir », recueil de nouvelles est le point de départ de l’évènement. Il est donc construit autour des titres de chaque nouvelle, Labyrinthes , le Journal de la Rose ou encore l’Ecole pour devenir invisible. Parmi les thèmes des ateliers, militantisme et écologie, d’actualité avec l’abandon du projet de Notre-Dame des Landes, comment gérer une grande masse d’informations, pouvoir et contre-pouvoir ou encore les musées et les institutions.

En tant que journaliste, une série d’événements a retenu mon attention, Nassira el Moaddem, directrice du Bondy Blog a décidé sortir de sa « zone de confort et d’aller à la rencontre du public » avec un atelier pour expliquer comment créer un site d’infos.

Elle propose aussi une conversation avec des artistes engagés dans les quartiers populaires : comment rendre visibles celles et ceux qui ne le sont pas. Enfin le clou de l’évènement la Discontrol Party toute la nuit.

Piste de danse et salle de spectacle deviennent un night-club aménagé en salles de contrôle. Le public est confronté à un système informatique qui l’observe et tente de l’analyser. 


Pourquoi ne pas le déjouer et tenter de le faire bugger ? « Si on s’embrasse tous devant une caméra de surveillance, la donne change » explique avec le sourire Samuel Bianchini.

L'art nous invite à dépasser nos limites et c’est bien le défi que nous aurons à relever dans les prochaines décennies.

Pour certains, un évènement de ce type reste très conceptuel , « Nous ne sommes pas le nombre que nous croyons être « a le mérite de nous faire prendre conscience que notre monde change.

Comme le dit Mélanie Bouteloup, comment inventer toutes sortes de formes qui convoquent et représentent, qui activent et mobilisent en impliquant des constellations d’acteurs afin d’imaginer un futur désirable un projet de société vers lequel puisse converger notre volonté collective ? » La réponse est vaste et le programme très dense donc je suis certaine que vous trouverez votre bonheur à la Cité internationale des Arts les 2 et 3 février prochain.